Dans un vaste projet de contrôle du réseau Internet, l’Office of the Director of National Intelligence (ODNI), qui supervise l’action du renseignement américain, entend vérifier l’attitude de chaque joueur en ligne. Intitulé ” Reynard “, le dispositif généralise la fouille de données (” data mining ” en anglais) aux univers numériques, et spécifiquement, aux mondes virtuels.
Le but ” est d’étudier les dynamiques sociales, et particulièrement des terroristes dans les mondes virtuels et les jeux en ligne “, prévient l’ODNI. Le processus fonctionne en deux temps : en utilisant les données collectées, Reynard produit ” une base de conduite normale “. Ce modèle sera ensuite appliqué à des cas précis, pour tenter de déterminer de manière mécanique les profils à risque. D’après la BBC, le programme n’en est qu’à ses débuts et la liste des jeux et simulations à contrôler n’a pas encore été arrêtée.
Certains experts ont salué une telle initiative. Sur le site de la chaîne anglaise, Andrew Cochran, responsable de la Fondation antiterroriste, a salué ” une évolution positive “. ” Pendant de nombreuses années, nous étions en retard pour détecter la présence de Jihadistes sur Internet “, ajoute-t-il. Mitch Wagner, du site Informationweek, tient des propos similaires.
Inconstitutionnel ?
Mais les réactions de défiance ont également été nombreuses dans la presse anglo-saxonne. De nombreux observateurs, comme le professeur Juan Coles, ont relevé les risques concernant la vie privée, n’hésitant pas à parler de l'’ “inconstitutionnalité ” de Reynard. Pour ce spécialiste du Moyen Orient, cette volonté des autorités de contrôler les mondes virtuels s’explique par une profonde méconnaissance de ce nouveau média.
Benjamin Duranske, du site Virtually Blind, spécialisé dans les enjeux juridiques du jeu vidéo, est plus mesuré dans son analyse. Il souligne que ” le gouvernement ne va pas faire d’enquête antiterroriste dans World of Warcraft “. Avant d’ajouter : les agences ne vont pas demander les codes d’accès aux opérateurs, ou contrôler secrètement les conversations. Elles vont seulement utiliser des données publiques et bon marché, et voir si elles peuvent produire des profils “.
Certes, une telle étude systématique peut au final apparaître comme une ingérence. Mais cela demeure peu de choses par rapport aux données statistiques déjà disponibles sur des plateformes comme Steam, sources d’informations pour les concepteurs de jeux. Le dispositif de surveillance de l’ODNI est également bien moins intrusif qu’un spyware de type Warden, à l’oeuvre dans World of Warcraft.
http://playtime.blog.lemonde.fr/2008/03/07/attention-mondes-virtuels-sous-surveillance/
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